Aquarelle

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lundi 6 juin 2016

Art contemporain en Ardèche (installation en 2017)


CR de la réunion du jeudi 26 mai à Saint-Cirgues-en-Montagne

Cette rencontre d’une journée, organisée à l’initiative de Lorraine Chenot, Présidente du Parc Naturel Régional des Monts d’Ardèche et de Bruno Ragonnet de l’Office du Tourisme des Sources de la Loire avait pour objectif de sensibiliser les professionnels du tourisme (hébergeurs, offices de tourisme et partenaires divers…) au vaste projet de mise en place, dès 2017, d’un parcours d’art contemporain monumental dans les différents sites patrimoniaux de la montagne ardéchoise par des artistes de renommée internationale .

L’idée directrice étant que les partenaires réunis ce jour et les relais sur place préparent les visiteurs locaux et vacanciers résidents à cet événement pérenne. Sachant que l’objectif économique vise une fréquentation touristique de + 20 % sur le Parc et la participation d’artisans locaux pour la fabrication et l’installation des œuvres.

La journée s’articula autour de quatre axes :
·      Le parcours « partage des eaux »
·      Les œuvre in situ et les échappés
·      Une formation succincte à l’art contemporain
·      La visite de l’abbaye de Mazan

Les animateurs de cette journée de formation et de sensibilisation :
·      Eléonore Jacquiau-Chamska, chargée de production artistique au Parc des Monts d’Ardèche
·      David Moinard, directeur artistique du projet « partage des eaux »
·      Pascal Thévenet, professeur des universités, professionnel de l’art
·      Elodie Blanc, conférencière de grand talent, spécialiste notamment  des abbayes de Mazan et de la Chartreuse de Bonnefoy

Le parcours « partage des eaux »

Ce parcours s’inscrit en amont en droite ligne de celui déjà réalisé en aval  sur l’estuaire de la Loire de Nantes à Saint-Nazaire 2007-2009-2012, convoquant trente œuvres d’artistes comme : François Morellet, Daniel Buren, Patrick Bouchain, Joseph Hein, Erwin Wurm, Tatzu Nishi, Tadashi Kawamata, Huan He Ping et Felice Varini.

Il peut aussi être assimilé à celui des refuges d’art d’Andy Golsworthy autour de Digne-les-Bains. Ce dernier parcours semblant s’inscrire toutefois davantage dans la Nature et dans la transcendance que celui de l’estuaire.

 Le parcours « partage de eaux »  se situe, comme son nom l’indique, sur la ligne de partage des eaux  « Méditerranée–Atlantique » et suit le parcours du GR7, lui même calqué sur cette ligne transcrite par les géographes.


Ce parcours concerne :
·      Une ligne en pointillé sur ladite ligne, réalisée par Gilles Clément, artiste paysagiste ; il s’agit de système de mires sur des mats posés sur le parcours, plutôt sur des belvédères. Une douzaine de mires à différents endroits
·       Un équipement immobilier par un designer sur le GR7 par Eric Becquet  ( ?), en bois de châtaignier creux : abris, tables…
·      Un GPS avec commentaires sonores  de Géo poétique, de faune et de flore

Les œuvres in situ visent des sites remarquables ou singuliers :

·      La Chartreuse de Bonnefoy avec Stéphane Thidet qui travaille à partir du réel ; qui contorsionne le réel. Ici, il envisage de grands miroirs dans les ouvertures du bâtiment tout en respectant, dit-on, la faune, la flore et les oiseaux
·      La Vestide du pal avec les frères Chapuisat qui effectueront un travail autour du bois, de la phonolithe et des lauzes
·      Le Mont Gerbier de Jonc pour satisfaire notamment au 1 % consacré à toute rénovation d’un édifice public (installation dès l’été 2016) :
o   Une exposition permanente sur la Loire prise tous les 50 km de sa source à son estuaire de Thibault Tissier ( ?)
o   Une vidéo de Olivier Leroi sur le même le thème ainsi que des plaques dessinées
·      Borne avec 2 sites envisagés (conception : Gloria Friedmann) ; voir son « carré rouge » en Bourgogne
o   La Tour peinte en bleu
o   Un phare sur la ligne de crête (premier phare sur la Loire !)
·      Notre dame des Neiges : une figure animale par Huan He Ping (qui a réalisé le grand serpent à l’estuaire) ; cette œuvre serait combinée avec une autre œuvre à Vallon Pont d’Arc ; elle ferait aussi le Pont avec les grottes de Chauvet ; entre aujourd’hui et
18 000 à 15 000 ans avant JC
·      L’abbaye de Mazan par Felice Varini (voir ses triangles rouges dans l’estuaire) ; ici, il envisage un rond doré et des fragments de ronds pour signifier que l’abbaye est le centre d’un rayonnement qui peut se dupliquer à l’infini

Les échappées : ce sont tous les projets avec des acteurs spécifiques et/ou les musées régionaux déjà existants, comme l’Ecole du vent…


Notions de base en art contemporain
Objet de toutes les polémiques, de tous les fantasmes et de tous les rejets mais aussi apanage de gens branchés, l’art contemporain existe et il faut admettre qu’il se distingue de l’art moderne et de l’art classique.

Même si personne ne peut vraiment prétendre ce qu’est l’Art, Kant déclare toutefois que « L’art produit un plaisir communicable car il n'est pas un concept. Le plaisir ne nous enferme donc pas dans notre ego sentant, coupé de tous les autres. Les beaux-arts sont les arts du plaisir partagé. »
Anna Arendt parle du partage du sensible.
Yves Michaud dans l’Art à l’état gazeux offre, avec ce livre d’esthétique un état de l’art contemporain édifiant. Après avoir mis en évidence le paradoxe que représente aujourd’hui le triomphe de l’esthétique dans un monde qui semble avoir définitivement réglé ses comptes à l’art – entendu au sens des beaux-arts – il annonce son programme : faire l’analyse d’une mutation dont il se garde bien d’ailleurs de penser quoi que ce soit et s’en fait même une gloire, et surtout établir le diagnostic d’un changement d’époque qui se traduit par une mutation du mode de perception des sociétés humaines.

Pour Pascal Thévenet, outre ses activités poïétiques, économiques, esthétiques et sociales l’artiste classique ou d’art moderne répond à au moins quatre critères :
·      Le fait d’être un auteur
·      Le fait de défendre un concept
·      Le choix dans l’usage de certains matériaux (peinture, sculpture, dessin)
·      Le site où sont exposées ses œuvres

En outre, même si dans l’histoire de l’Art, l’artiste s’inscrit en rupture avec les courants de son époque, il n’échappe pas à ces quatre critères. On songe :
·      à Léonard de Vinci avec la Joconde (œuvre charnière)
·      au retable d’Issenheim où Mathis Grünewald présente dans un crucifiement toute l’humanité de Jésus
·      au Titien avec sa Venus d’Ubino avec la figuration d’un geste un peu équivoque en peinture pour son époque
·      à Gustave Courbet qui peint la procession d’un enterrement (suivi d’une manifestation de protestation ; les manifestations étant interdites, les manifestants profitaient des processus pour faire valoir leurs revendications)   
·      au cubisme où l’on semble représenter plus des « cheminées d’usine que des clochers » (Albert Gleizes)
·      à Soulages avec les tableaux monochromes
·      à Ron Murck et ses sculptures de grande taille hyperréalistes
Sachant que la validation, par la communauté des artistes, de l’œuvre créée comme une œuvre d’art reste déterminante.

L’art contemporain par contre déconstruit ces quatre critères (auteur, concept, matériaux, sites). Il ne s’inscrit pas en rupture de l’art moderne mais explore d’autres voies. Qui choquent volontairement comme la Nona Ora de Maurizio Cathelan.

L’auteur peut être une simple signature ou s’exposer en tant que tel.
·      C’est le cas par exemple des installations d’elle-même (ou performances) de Marina Abramovic  (arrow, imponderabilia…)
·      Des performances comme celle de Murakami du mouvement Gutai qui transperce avec son corps de grands tableaux de papier ; auteur qui questionne le sens de l’Art après la Shoa et Hiroshima
Le concept
·      C’est le bidet de Marcel Duchamp (1917), exposé au salon des refusés où l’on pouvait exposer ce que l’on voulait
·      C’est la construction de la boîte en bois de Robert Morris dont on enregistre les sons de la fabrication ; sons et boîte étant évoqués ensemble lors d’une exposition
·      C’est l’idée de Laurence Viener qui décrit par de simples phrases écrites sur de grands panneaux l’oeuvre à réaliser (au spectateur de s’en faire sa propre image)
·      C’est Joseph Kouth pour qui l’installation de l’œuvre est primordiale
Les matériaux : importance de l’utilisation de matériaux variés et composites
·      Le minimalisme des matériaux utilisés :
o   Robert Rochensberg qui efface un dessin de Kooning et l’expose en tant qu’oeuvre d’Art
o   L’exposition du vide de Yves Klein (un rideau dans le coin d’une pièce ; l’embrasure des fenêtres peintres avec le bleu Klein)
·      Des objets spécifiques ne produisant ni de la peinture ni de la sculpture
·      La déconstruction de l’objet tableau (Daniel Dezeuze)
·      Le tas de bonbons de Felize Gonzales Torres
·       La maquette de paysages avec des gobelets de Tara Donovan
·      la matière vivante qu’est la peinture que Bacon veut animer
·      l’art pariétal sur des verrières de la BNF de Michaël Barcelo
Le site :
·      Le land’art
·      Le fait d’habiter un lieu où un espace public comme Buren, Christo… et comme les artistes retenus pour le projet « partage des eaux », avec une forte volonté d’impliquer le public. Cette préoccupation est vive chez Tadashi Kawamata.

Sachant que les lieux d’Art dans l’histoire de l’Art sont variés :
·      Les grottes de Lascaux (18 000 à 15 000 avant JC) ; on suppose que du fait de la peur instinctive du noir seuls les « artistes «  avaient accès à ces grottes
·      La place publique : par exemple la colonne de Trajan, 130 après JC, sur laquelle sont gravés les exploits de l’Empereur
·      Le palais : signalons le palais Ducal Mantoue, avec une oeuvre monumental d’Andréa Mantegna (1465-1474) avec un oculus en trompe l’œil
·      L’église : la chapelle de Scrovegni à Padoue où Giotto tente de se défaire du carcan de l’icône, dont les codes de réalisation sont figés pour des raisons mystiques
·      Le réfectoire : c’est la Cène réalisée par Léonard de Vinci de 1494 à 1498 à Notre Dame des Grâces où l’artiste expérimente la perspective géométrique en commettant une faute volontaire ou non pour que la table semble flotter dans les airs et rendre la scène immatérielle ; il s’affranchit ici de la perspective atmosphèrique
·      L’atelier : atelier du peintre de Gustave Courbet (1855, huile sur toile de 361X598)
·      Le salon, réservé au XIX me siècle qu’aux élites ; les tableaux des artistes étant accrochés de manière plutôt anarchique de haut en bas de la pièce ; « avoir l’honneur de la cimaise » c’est être à bonne hauteur de vue
·      Le musée : invention de la Révolution française ; la Grande galerie du Louvre de Hubert Robert 1796
o   Le Louvre étant ouvert d’abord à titre pédagogique pour les artistes qui s’exercent à leur art
o   Au public selon un calendrier plutôt minimaliste
o   Aujourd’hui, un effort financier est fait par les pouvoirs publics pour permettre l’accessibilité à tous aux musées
·      Le musée d’art contemporain qui doit s’adapter à l’œuvre et non l’œuvre au musée
·      Le domicile privé : exemple des tableaux de John Armleder qui s’ajustent volontairement au mobilier
·      La galerie d’Art
·      Les bâtiments et autres architectures : la loggia du Grand Palais en 2013 de Felice Varini
·      La rue
o   Le mobilier urbain comme par exemple Leather Shirt de Suzanne Walking ; 2006
o   Le Salve labour, peint sur un mur par Banski en 2012
o   L’affiche de la pyramide du Louvre de JR en 2016 qui en occulte la vue
o   Women and Heroes de JR à RIO de Janeiro
·      La nature avec Nils Udo qui réalise des œuvres éphémères avec des éléments naturels
·      Le paysage : par exemple Surrounded Islands, Biscayne  Bay à Miami de Christo et Jean-Claude

Sylvain Josserand
Estables, 28 mai 2016



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